André  VERDET  

                                                                         Enchantements lumineux

Alberte Garibbo esquisse le portrait de finesse d'une géométrie pure comme si elle esquivait le portrait de finesse d'une poésie pure à l'égal  d'un portrait humain où se recèleraient les plus sensibles, les plus nobles qualités. Et cette esquisse aboutit à la géographie   totale  d'un cosmos plastique sans fissure.

Chaque toile de cette artiste s'avère être un poème pictural  d'une  drastique  beauté   valéryeuse  où  des  noirs  auguraux  se nuancent et s'infléchissent à l'infini. Noirs riches de substances nourricières comme travaillés et saturés en profondeur de lumière. Une  lumière qui vient  de plus loin, des ultra- lurninen peut-être. Ces noirs font pressentir à notre regard la très secrète présence des tonalités enfouies dans la genèse même de leur substance.

Je connais peu de peintres en ces dernières décennies qui aient pu pousser aussi savamment, avec tant de  puissance  mais encore avec tant  de tendresse, d'émotion retenue, les enchantements lumineux du noir en ses variantes et en tant que valeur absolue.Or ces enchantements lumineux paraissent se répercuter à l'infini d'un miroir. Chaque toile d'Alberte Garibbo est en vérité un champ d'ondes imprégné parcouru d'énergies subséquentes.

Cette quête quasi-mystique du noir - que - dans une voie différente a poursuivie aussi Luc Peyre dément à sa source même les attributs de non-joie qui sont communément dévolus à cette couleur de genèse.

Pour l'artiste niçoise le noir est la couleur fondamentale. La couleur-mère. Et le blanc n'a-t-il pas pris source dans le noir après que fut la lumière indivise ? Cette lumière qui existait avant même qu'elle se révèle comme le regard existait avant même nos yeux... Et le noir et le blanc n'ouvrent-ils conjointe­ment la voie aux couleurs ? Pablo Picasso, combien de fois ne l'a-t-il pas répété, pensait toujours noir et blanc et par-là pensait toujours dessin avant de poser la couleur.

Chez Alberte Garibbo, ces noirs d'apparat, d'une amplitude chaude, souple  et  soyeuse,  pétrie  de  lumière, se définissent en se "charpentant"  dans  des structures géométriques intrinsèques  d'obédience architecturale. On  songerait  parfois à  la notion  du Portique d'Or, chère aux bâtisseurs grecs, ceux de la beauté philosophique. Ces structures faites de droites transversales parmi lesquelles les horizontales aujourd'hui  prédominent  sur  les verticales, s'inscrivent avec une netteté éclairante dans l'espace du tableau. Ces  traits  de coloration  blanche ou orangée  me  font  songer  à  des  franges, à  des lisières  d'où  émaneraient  des "effluorescences" incantatoires  d'outre-jour ou   d'outre-nuit. Ne  seraient-elles,  dans l'esprit de leur auteur, des repères d'espace, ne feraient-elles office de bandes signalétiques ?

II faut signaler que ces droites transversales ne vont que très rarement au terme de leur parcours vers les côtés de la toile, et que, par quel sortilège, semblent elles rayonner à partir d'un centre fictif ? ...

Dans les tableaux les plus récents, grâce à de savantes autant que minutieuses pulvérisations soufflées de blanc sur le noir (certaines ouvrent à l'illusion magique de l'argenté ou du doré) s'élèvent des sortes d'abstraites et rondes colonnes totémiques qui instaurent bientôt dans notre regard l'affirmation d'un lieu sacré.

Or maint tableau d'Alberte Garibbo n'atteint-il à l'acmé du chant ? Et ne garde-t-il dans la force de ses structures essentiellisées à l'extrême, la tendresse d'un Cantique ?

                                                                                                                                                © André Verdet, avril 1994

Catalogue  exposition   Galerie « Alexandre de la Salle » Saint Paul de Vence

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